Dans ce 5ème épisode de notre série « Parcours d’Antic », nous vous proposons de retrouver Céline Pottier. Après un Master 2 TEF, elle a rejoint le Conseil général de Maine-et-Loire en tant que chargée de mission Anjou Dynamique Numérique (ADN). A 27 ans, elle travaille donc sur l’innovation numérique d’une grande collectivité. Nous vous laissons découvrir cet entretien Antic.
Julien Morice (JM) : Bonjour, je suis donc avec Céline Pottier, qui est une ancienne de la filière.
Céline Pottier (CP) : Bonjour Julien.
1- Parcours et métier
JM : Tu as bien voulu répondre à l’invitation des Antic dont tu fais partie en temps qu’ancienne étudiante. On va parler de ton parcours actuel et à la fois de tes études, du recul que maintenant tu peux avoir, ce que tu penses par rapport à la formation que tu as reçue. Actuellement, quel poste occupes-tu ? En quoi consiste t il ?
CP : ça fait 2 ans et demi que je travaille pour le Conseil Général du Maine-et-Loire, j’y suis chargée de mission sur tout ce qui est développement numérique, sur tout ce qui concerne les usages et contenus numériques, tant à destination des habitants du département, que des collectivités et agents, au travers de projets en interne. Les secteurs d’activités ciblés sont très variés : éducation, insertion, personnes âgées, développement du territoire, action sociale, …
JM : Parmi tous ces domaines, tu n’as pas des missions principales, un domaine qui accapare plus de temps que les autres ?
CP : En fait, je ne vais pas raisonner par mission, mais par projet. Je travaille ainsi pour le projet Anjou Dynamique Numérique, le programme transversal du département, et on a à notre actif une quarantaine de projets aujourd’hui. Suivant les projets, mon implication est différente. Je vais prendre 2 exemples :
Un qui touche à notre cursus : la mise en place d’environnements numériques de travail (ENT) dans les collèges du département. Cela fait deux ans et demi que j’y travaille, depuis mon arrivée dans la collectivité, c’est un projet partenarial qui m’amène à travailler directement avec le rectorat, les régions et tous les départements des pays de la Loire. Sur ce projet, j’ai collaboré avec chaque chef de projet des partenaires, de la rédaction du cahier des charges, à la mise en place de l’appel d’offre, mais également j’ai participé à la sélection des prestataires qui allaient installer les ENT dans les établissements scolaires. J’ai travaillé aussi sur les spécifications fonctionnelles, cela devient un peu plus technique, sur les fonctionnalités de l’outil, sur les actions de communications du projet, et également sur toute la partie évaluation, construction d’un tableau de bord, et construction de l’évaluation qualitative.
JM : Tu suis donc la chaîne du début à la fin, de l’élaboration du cahier des charges, jusqu’à l’évaluation de la mise en œuvre.
CP : Pour certain projets, oui. Le second exemple que je souhaite évoquer, j’ai animé de A à Z le projet de mise en place du télétravail au sein de la collectivité. Ce projet interne se concentre donc plus sur du management et de l’organisation du travail. J’ai donc réalisé une étude d’opportunité et de faisabilité au début, puis une étude juridique sur la façon dont est encadré le télétravail, notamment dans les collectivités. J’ai imaginé la façon dont nous allions expérimenter ce changement, expérimentation qui devrait commencer en début 2011. Il y aura par la suite toute la phase d’évaluation à construire.
JM : Donc dans les départements il y aura des personnes qui travailleront à distance ! Démarche innovante. En résumé, quelles sont les personnes avec qui tu travailles le plus ?
CP : L’ensemble des directions du département, les partenaires extérieurs (pour le projet d’ENT, il y a la région, les autres conseils généraux, la région, le rectorat, l’association des maires du département, avec le comité d’expansion économique, le comité du tourisme, les communes, les communautés de communes, et enfin les élus).
2- De la technique et de l’humain
JM : Sur les aspects techniques, tu as des interlocuteurs privilégiés ? Tu mets « les mains dans le cambouis » de ce côté là ? Comment ça se passe ?
CP : Cela est très variable et dépend de l’implication que j’ai dans chaque projet. Je suis en contact cependant avec des gens plus qualifiés, car je suis rattachée à la direction des systèmes d’informations (DSI). Par exemple, sur le projet ADN, je travaille avec un chef de projet plus technique qui, lui, est spécialisé dans tout ce qui est systèmes d’informations géographiques (SIG).C’est d’autres aspects des projets que l’on gère. Je travaille également avec les ingénieurs réseaux, l’ingénieur sécurité de la DSI, et je travaille étroitement avec une personne qui est animatrice sur les projets ADN.
JM : Eh bien tu ne dois pas t’ennuyer, tes missions sont très variées. Que penses-tu qu’il faille avoir comme qualités pour mener à bien tes missions ?
CP : Savoir travailler en équipe, c’est indéniable ! Il faut avoir un esprit commercial, étant donné que j’ai à promouvoir les projets auxquels je participe, je fais ainsi des présentations devant différents publics, aussi bien des élus que des publics plus larges lors de manifestations nationales.
JM : Donc une bonne expression et une bonne présentation ?
CP : Exactement. Il faut adjoindre à cela une bonne connaissance de l’ensemble des activités du département, une envie d’apprendre, une curiosité de tous les instants, …
3- Collectivités et politiques
JM : Très bien. Là, tu nous présentes ton environnement de travail de façon idyllique, mais quelles sont les éventuelles difficultés que tu rencontres dans le cadre de ton travail ?
CP : Les difficultés sont essentiellement liées à l’air du temps, avec une diminution des budgets des collectivités territoriales, donc il faut avoir des idées peu coûteuses, des projets qui vont dans le sens des orientations politiques, ce qui rend parfois difficile le développement de nouvelles idées.
JM : Donc tu sens directement un impact sur ton activité des situations économiques et politiques ?
CP : Oui, dans tous les services il y a des restrictions budgétaires. Il faut faire preuve d’initiative, d’innovation, et avoir des idées qui ne coûtent pas chères.
JM : Par rapport à ton poste, quelles sont les possibilités d’évolution que tu entrevois, tes aspirations ?
CP : Aujourd’hui je suis contractuelle, pour une période totale de 3 ans, qui se termine au mois de mai prochain, mais il y a de fortes chances que mon contrat soit pérennisé.
JM : Tu t’es donc rendue indispensable ?
CP : Oui ! Donc il y a des chances pour que je sois reconduite, mais en parallèle, je tente les concours de la fonction publique qui sont liés à mon cadre d’emploi.
JM : Question un peu plus personnelle : es-tu satisfaite du salaire que tu gagnes ? Penses-tu qu’il est en adéquation avec les études que tu as fait ?
CP : Je trouve cela satisfaisant pour le moment.
4- Parcours de formation et emploi
JM : Dans cette première grande partie de notre échange, on a abordé ton cadre professionnel. Et là je te propose de partir plus sur les aspects de ton cursus de formation. Penses-tu que ton poste actuel soit en lien avec la formation que tu as suivie ? Pour rappel, tu as suivi un Master TEF.
CP : Je dirai « pas tout à fait ». Pour le projet de mise en place d’ENT que j’ai évoqué précédemment, je retrouve en effet les enseignements que l’on a apportés durant le master, mais sur des actions liées au télétravail, ou de dématérialisation, de création de sites de recherche, … là sincèrement, pas du tout. Conceptuellement il n’y a pas de liens. Là où je m’y retrouve, c’est par rapport à mon choix de stage de fin de Master 2 qui a duré environ 6 mois, où j’ai travaillé dans une collectivité.
JM : Par rapport à ce que tu dis, il y a peut être un lien vis-à-vis de la question des usages ? L’appropriation ?
CP : Usages, appropriation, en effet, c’est d’ailleurs l’un de mes points forts sur ce poste.
JM : Pourquoi en tant qu’étudiante tu avais choisi cette filière là ? Les technologies t’intéressaient ? Les usages ? Un choix plus liés « aux hasards de la vie » ?
CP : Plutôt la dernière réponse. Les usages m’intéressaient, mais plus dans le sens sociologique du terme, parce que j’avais fait un DEUG de sociologie, que j’avais poursuivi par une licence sciences de l’éducation. Après un passage à l’IUFM qui ne m’a pas convaincu, je suis revenue à l’université, et c’est le coté professionnel du master qui m’a intéressé. Les technologies étaient dans l’air du temps, je me suis dit « pourquoi pas ».
JM : Tu t’es donc laissée tenter, et il semble que ça a payé. Du coup, quels sont les aspects qui t’ont le plus plu dans cette formation ?
CP : Je dirai premièrement le coté professionnel avec l’opportunité de pouvoir faire des stages et de commencer à s’intégrer dans l’univers professionnel, avant même d’avoir terminé le cursus. Les enseignants et les enseignements divers et variés. Des enseignants passionnés par leurs recherches qui pouvaient nous les transmettre pendant leurs cours. Une expérience très enrichissante. Ouverture d’esprit et interdisciplinarité.
JM : Quels sont les manques que tu as pu percevoir en tant qu’étudiante durant cette formation ?
CP : Je vais joindre cela directement avec mon domaine d’activité et professionnel : on a apprend beaucoup de concepts, beaucoup de notions, parfois très philosophiques, mais toutes les questions d’actualité, même liées au domaine éducatif, sont souvent oubliées. Ou en tout cas l’année de mon passage en Master, on a peut être survolé certaines choses, mais cela ne m’a pas frappé.
JM : Donc là, tu évoques le concept de veille ?
CP : Typiquement des projets comme les ENT, ou les portfolios numériques c’était déjà en pleine expansion lorsque l’on était en master et ce n’est pas forcément des notions que l’on a abordé. En second lieu, il aurait été utile d’avoir un approfondissement sur l’univers des collectivités, la notion de conseil général, de conseil régional, de communauté de commune, … leurs missions propres. Je pense qu’un certain nombre d’entre nous vont s’orienter dans la fonction publique, et donc avoir la connaissance sur ces interlocuteurs, même quand tu travailles à l’université, je pense que c’est un vrai plus quand tu rentres dans le milieu professionnel.
JM : C’est quelque chose qui t’a manqué sur ton poste ? Tu t’es donc formée toi-même ?
CP : Oui je l’ai acquis au fur et mesure effectivement, mais des apports sur les marchés publics par exemple auraient pu m’être fortement utiles.
JM : On arrive au terme de notre interview, si tu avais un mot à dire, un conseil à donner aux étudiants actuels de la filière, quel serait-il ?
CP : Ouverture d’esprit. Intéressez-vous à ce qu’il se passe dans le secteur d’activité qui vous intéresse, aux actualités du milieu, que ce soit en France ou à l’étranger d’ailleurs, comme par exemple l’Europe du nord ou le canada qui sont grandement en avance sur tout ce qui est usages numériques. Ça sera payant un jour où l’autre.
JM : Que penses-tu de la démarche des Antic? La trouves-tu intéressante ?
CP : Je trouve ça super intéressant, c’est enrichissant, ça peut apporter aux nouvelles générations d’USETIC-TEF. Pour les anciens, ça valorise, le fait que l’on s’intéresse à ce qu’ils deviennent. Jolie initiative.
Merci à Céline Pottier.




